L'année 2018

L' année 2017 avait été identifiée par les analystes comme la plus sûre jamais observée du point de vue de la sécurité du transport aérien. On espérait évidemment que l'année 2018 serait meilleure encore, mais cela n'a hélas pas été le cas. Pour autant, les statistiques que plusieurs organismes internationaux s'apprêtent à publier ne sont pas décevantes, puisqu'elles vont montrer qu'elle est tout de même la troisième meilleure année de l'histoire, confirmant ainsi le très haut niveau de sécurité du secteur aérien commercial. On dénombre trois accidents majeurs de biréacteurs et trois de bi-turbopropulseurs, alors que le nombre total de victimes est d'un peu plus de 500.

Si le BEA a été impliqué au titre de représentant accrédité, conformément aux dispositions de l'Annexe 13 de l'OACI, dans plusieurs enquêtes menées par des autorités étrangères, on note qu'aucun accident mortel de Transport Commercial n'est à déplorer en France.

Je suis souvent interrogé sur l'activité du BEA en l'absence d'accidents majeurs. La réponse à cette question est toute simple : l'amélioration de la sécurité ne passe pas uniquement par les enquêtes sur les événements de grande ampleur, mais également par celles sur les événements dont on parle peu dans les media. Ainsi, une grande partie des ressources du BEA a été mobilisée en 2018 pour la recherche de pièces du moteur de l'Airbus A380 qui effectuait le vol AF66 entre Paris et Los Angeles le 30 septembre 2017, et qui a perdu le fan du moteur n° 4 au-dessus du Groenland : l'avion avait finalement pu se dérouter sans autre incident sur l'aéroport de Goose Bay au Canada. L'enquête de sécurité sur cet événement a rapidement mis en évidence la nécessité de récupérer les pièces maîtresses pour préciser les mécanismes de rupture. Leur recherche, dans un milieu particulièrement hostile (à environ 1800 mètres d'altitude sur la calotte glaciaire du Groenland, à une centaine de kilomètres des côtes) a rapidement posé de nombreux problèmes techniques et financiers : elle est toujours en cours, et une nouvelle phase importante va être lancée au printemps 2019. Le BEA ne peut garantir le succès de l'opération, mais les enjeux pour la sécurité ont été jugés suffisamment importants pour la justifier.

Pour ce qui est de la sécurité de l'Aviation Générale en France, les statistiques sont hélas moins favorables. Si l'on constate une relative stabilité des chiffres pour l'activité ULM, on déplore une forte augmentation des nombres d'accidents mortels et de victimes pour l'activité avion, revenant à des chiffres que l'on n'avait pas observés depuis 2012. Il est, bien entendu, trop tôt pour analyser si cette augmentation a des causes systémiques, ou si elle correspond seulement à une fluctuation statistique. Pour ma part, je maintiens la politique d'enquête d'aviation générale mise en place il y a quelques années, qui vise à mobiliser les moyens du BEA sur les enquêtes sur les événements les plus graves (accidents mortels d'aviation certifiée ou non certifiée), et à les limiter sur les événements les moins porteurs d'enseignements de sécurité. Cette politique a tendance à légèrement accroître la charge de travail du BEA et le nombre d'enquêtes ouvertes a augmenté de façon assez notable en 2018. Cette augmentation peut en partie expliquer une certaine dégradation des performances du BEA (augmentation du nombre d'enquêtes en cours, allongement de la durée moyenne des enquêtes). Je reste vigilant sur l'évolution des indicateurs de performances et je veillerai à remédier à d'éventuelles dégradations. Pour autant, je veillerai également à assurer un haut niveau de qualité des enquêtes produites, et je considère, de ce point de vue, que le BEA n'a pas à rougir de son bilan, pas plus en 2018 que les années précédentes.

Je ne terminerai pas ce mot sans évoquer la part de plus en plus importante de l'activité internationale : c'est, en premier lieu, le résultat de la solide réputation que le BEA a su construire au niveau international, en phase avec les développements de l'industrie aéronautique française et européenne. L'augmentation du nombre de sollicitations de la part des autorités d'enquêtes de sécurité étrangères s'est accélérée de façon impressionnante ces dernières années. Il était devenu nécessaire de définir des priorités : une concertation a été menée avec les partenaires industriels du BEA pour permettre de définir différents niveaux d'interventions en fonction de critères sur l'intérêt pour l'amélioration de la sécurité des événements notifiés. Cette action, qui permet d'optimiser la présence à l'international, à ressources humaines et budgétaires constantes, correspond à un volet important du Plan stratégique 2018-2022, qui a été présenté dans le rapport d'activité de l'année dernière. Le BEA repose principalement sur l'expertise, la grande motivation et l'engagement des personnes qui travaillent pour lui : agents techniques, enquêteurs, enquêteurs de première information et agents administratifs : qu'ils soient ici tous remerciés pour leur haute contribution à la sécurité de l'aviation !

Cliquez ici pour télécharger le rapport annuel 2018 du BEA.

Rémi Jouty,
Directeur du BEA

Signature Rémi JOUTY