Avion Numéro de dossier BEA2018-0146 Accident, AD Chatellerault-Targé, le 22 mars 2018, TECNAM - P2002, F-HCDR

Accident du Tecnam P2002 immatriculé F-HCDR survenu le 22/03/2018 à Chatellerault-Targé (86)

Progression de l'enquête Clôturée  
Progress: 100%

Résumé

Note : Les informations suivantes sont principalement issues des témoignages de l'élève-pilote et de l'instructeur. Ces informations n'ont pas fait l'objet d'une validation indépendante par le BEA.

 

1 - Déroulement du vol

Dans le cadre de sa formation en vue de l’obtention de la licence de pilote privé avion (PPL (A)), l’élève pilote réalise plusieurs circuits d’aérodrome en piste 36[1] revêtue. Lors du troisième posé-décollé, ayant touché un peu long, il décide d'interrompre le décollage pour ne pas faire une sortie de piste longitudinale. Il freine pour arrêter l’avion mais ce dernier fait une embardée franche à gauche et sort de piste en heurtant au passage une lampe de balisage de nuit. L'avion termine sa course à une vingtaine de mètres à gauche de la piste dans l’herbe.

2 - Renseignements complémentaires

Les conditions météorologiques au moment de l’accident : vent du 320° pour 5 kt, CAVOK, température 6 °C, QNH 1006 hPa.

L’élève-pilote réalisait ce jour-là son quatrième vol solo. Il totalisait environ douze heures de vol dont neuf sur type et cinq dans les trois derniers mois. Il indique avoir sorti les volets en configuration atterrissage et ajoute que sa vitesse était stabilisée à 65 kt [2]. Il avait choisi l’entrée de piste comme point d’aboutissement mais, n’ayant pas fait un arrondi suffisamment prononcé, l’avion a touché à plat (vraisemblablement trois points) environ 250 m après le seuil de piste 36. Pensant ne pas avoir suffisamment de distance devant lui pour décoller, il a décidé d’interrompre le décollage[3].

3 - Enseignements et conclusion

La vitesse excessive lors de l’atterrissage a eu pour effet d’augmenter significativement la longueur de l’arrondi.

Le club a mis en œuvre les mesures suivantes à l’intention de ses élèves-pilotes, par l’intermédiaire de ses instructeurs :

  • travailler la précision des paramètres en approche jusqu’au toucher ;
  • parfaire la décision de remise de gaz ;
  • travailler le maintien d’une assiette à cabrer sur le train principal jusque vers 35 kt lors de l’atterrissage.

Le manuel de l’instructeur VFR édité par l’ENAC indique à propos du posé-décollé (touch and go): « Utilisé fréquemment dans le cadre de l'instruction pour optimiser le temps de vol lorsque la longueur de piste est compatible, le "touch and go" n'existe pas en tant qu'opération aérienne. L'approche est normalement conclue par un atterrissage ou par une approche interrompue ».

Dans le cas d’une réalisation d’un « touch and go » en instruction, le manuel préconise : « Si la piste est assez longue et avec l'accord du contrôle, faites un arrêt complet et demandez à l'élève de reconfigurer son avion pour un nouveau décollage, ou bien demandez à l'élève d'assurer le roulage, à charge de l'instructeur de configurer l'avion en vue du nouveau décollage ».

L’exercice de posé-décollé à ce stade de la formation en vol solo ne semble pas judicieux. Il requiert des compétences et habiletés supérieures à celles requises pour un atterrissage complet. La charge de travail du pilote est beaucoup plus importante lors de la reconfiguration de l’avion et de la remise en puissance. Enfin la distance de décollage après un touché ne peut être calculée.

 


[1] La TODA (Distance disponible au décollage) et la LDA (Distance disponible à l’atterrissage) pour le QFU 36 à Chatellerault sont de 800 m.

[2] Le Manuel de vol Section 5 Performances à l’atterrissage indique que la vitesse recommandée en finale est de 63 kt quelle que soit la masse avec les volets sur la position « Land » (40°). Dans les conditions météorologiques du jour de l’événement à l’altitude de 207 ft, avec une masse d’environ 480 kg, la distance totale nécessaire est de 235 m environ et la distance de de roulage de 85 m. Pour les performances au décollage, le manuel indique une distance de rotation de 125 m pour une distance de décollage de 250 m environ.

[3] Ayant touché à 250 m du seuil de piste, il restait une distance de 500 m environ pour décoller en sécurité.