Enregistreurs

Guide de détection des anomalies audio sur les enregistrements CVR

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Les enregistreurs de vol

Les enregistreurs de vol, plus connus sous le nom de "boîtes noires", équipent les avions de transport et enregistrent pendant le vol des données destinées à être utilisées après un accident ou un incident.

Les avions de transport sont équipés de deux enregistreurs de vol :

  • Le CVR (Cockpit Voice Recorder-enregistreur phonique) enregistre des données audio : les échanges entre les pilotes et avec les contrôleurs ainsi que l'environnement acoustique du poste de pilotage (conversations, bruits, alarmes sonores).
  • Le FDR (Flight Data Recorder-enregistreur de paramètres) enregistre les valeurs des paramètres de l'avion (vitesse, altitude, régime des moteurs, engagement et désengagement d'automatisme, position des gouvernes, des commandes de vol...). Selon l'âge et le type de l'aéronef le nombre de paramètres enregistrés varie de quelques dizaines à plusieurs milliers.

La durée totale d'enregistrement est de 25h pour le FDR, et de 2h pour le CVR. Pendant le vol les données enregistrées viennent de façon continue remplacer les données les plus anciennes, permettant ainsi d'avoir en permanence dans le FDR les valeurs des paramètres au cours des 25 dernières heures de vol de l'aéronef, et de la même façon dans le CVR les données audio des 2 dernières heures de vol.

Les enregistreurs de vols sont conçus pour protéger les enregistrements qu'ils contiennent en cas d'accident. Pour cela ils sont certifiés pour résister à de nombreuses contraintes : une accélération pouvant atteindre 3 400 G (soit 3400 fois l'intensité de la pesanteur terrestre), une température de 1100 °C pendant une heure, un mois d'immersion dans l'eau à six mille mètres de profondeur, etc. Ces caractéristiques permettent aux enquêteurs d'extraire avec succès les données des enregistreurs de vol après un accident dans presque 100% des cas.

Dans le domaine de l'aviation civile, il existe aujourd'hui deux technologies d'enregistreurs de vol : la bande magnétique et la mémoire électronique. Cependant les enregistreurs à mémoire électronique remplacent progressivement tous les enregistreurs à technologie magnétique qui devraient disparaître complètement d'ici quelques années.

Une balise fixée sur chacun des boitiers protégés est destinée à permettre les recherches des enregistreurs lors d'un accident en mer. Ces balises émettent un signal qui se propage dans l'eau sous la forme d'une impulsion toutes les secondes. Ce signal peut être capté par des détecteurs adaptés. La durée d'émission qui était de 30 jours, est maintenant portée à 90 jours.

La lecture du contenu des enregistreurs :

La première étape du processus d'exploitation des enregistreurs de vol consiste à lire l'intégralité des données qu'ils contiennent et de sauvegarder ces données. Ces données pourront ensuite être décodées et analysées dans le cadre de l'enquête de sécurité.

Dans le cas d'enregistreurs utilisant les mémoires électroniques comme support d'enregistrement (le plus fréquent aujourd'hui) la ou les carte(s) mémoire(s) sont extraites du boitier protégé (module mémoire) et vont subir un certain nombre d'opérations dans le laboratoire du BEA permettant de vérifier l'intégrité des mémoires contenant les données enregistrées. L'étape suivante consiste en général à connecter la ou les carte(s) mémoire(s) sur un châssis d'enregistreur de même type, dont les fonctions d'écriture ont été inhibées et d'utiliser ce dernier comme lecteur.

Dans le cas d'un enregistreur magnétique, la bande magnétique est extraite, nettoyée puis lue avec un lecteur dédié. Le BEA a développé des moyens de lecture permettant de faire face à des situations dans lesquelles l'état de la bande magnétique est dégradé (immersion dans l'eau, exposition au feu, dégradation dans le temps propre aux supports magnétiques).

Dans le cas d'un incident, les enregistreurs n'étant pas endommagés, ceux-ci peuvent être lus directement en connectant l'enregistreur à un outil adapté. Les outils de lecture sont en général des outils mis au point par le constructeur de l'enregistreur et dont le BEA a fait l'acquisition.

Analyse des données

Une fois les données lues et sauvegardées, elles vont pouvoir être analysées par les enquêteurs.

Les données du FDR doivent d'abord être converties en valeurs de paramètres de l'avion. En effet le fichier extrait de l'enregistreur est un fichier binaire appelé « fichier brut » ; le décodage de ce fichier brut est réalisé à partir d'un document de décodage propre à chaque avion. Les valeurs des paramètres et leurs évolutions au cours du temps peuvent être ensuite représentées sous forme de courbes ou de tableaux, et faire l'objet de calculs relatifs au comportement de l'avion.

Les données du CVR permettent aux enquêteurs de procéder à l'écoute et à la transcription des enregistrements phoniques. Il est possible également d'effectuer, à partir de ces enregistrements audio, des analyses spectrales permettant d'identifier des alarmes ou des bruits présents dans le cockpit.

L'analyse des enregistreurs et le traitement des données se font dans le cadre des enquêtes conduites par le BEA ou, pour des événements survenus à l'étranger, dans le cadre de sa participation à une enquête concernant un aéronef d'exploitation ou de construction française. Les pays qui ne possèdent pas de moyens de lecture adaptés, sollicitent l'assistance technique du BEA pour réaliser des travaux liés à l'exploitation d'enregistreurs de vols.