L'année 2019

L’année 2019 restera sans doute dans les mémoires comme une année « paradoxale » pour ce qui concerne la sécurité de l’aviation civile dans le monde.

D’un côté, si elle n’est pas la meilleure année de l’Histoire en termes de nombres d’accidents mortels ou de victimes, on retiendra quand même qu’elle figure parmi les trois meilleures observées depuis la fin de la deuxième guerre mondiale, avec 20 accidents mortels de transport commercial ayant fait 283 victimes.

D’un autre côté, elle restera comme l’année de l’accident du Boeing 737 MAX d’Ethiopian Airlines, au cours duquel 157 personnes ont perdu la vie, suivant de quelques mois celui d’un autre B737 MAX, qui avait fait 189 victimes. Ces deux accidents ont abouti à l’une des plus longues suspensions de vol d’un avion de transport - et sans doute la plus conséquente - que la communauté aéronautique internationale ait jamais connue.

On notera que, bien que n’ayant pas de raison « statutaire » de participer à l’enquête de sécurité menée par l’autorité éthiopienne (l’avion n’était en effet ni de conception, ni d’exploitation française), le BEA a rapidement été sollicité pour réaliser le dépouillement et l’analyse des enregistreurs au sein de son laboratoire, puis pour dépêcher plusieurs équipes d’enquêteurs afin de soutenir les travaux en Éthiopie. Dans le contexte particulier de cette enquête, la participation d’un partenaire pouvant apporter à la fois une neutralité et un haut niveau d’expertise a pu être jugée utile par les parties prenantes.

Pour le BEA, l’année 2019 aura également été marquée par le succès des opérations de recherche au Groenland et de récupération des pièces de moteur d’un Airbus A380 ayant subi une avarie grave en septembre 2017 : ces pièces étaient enfouies sous quatre mètres de glace, en milieu particulièrement hostile, sur la calotte glaciaire. Ces opérations auront nécessité des moyens matériels importants, et surtout la persévérance et la ténacité de nombreuses équipes de différents organismes de différents pays. Le financement de ces recherches a été partagé entre les différentes parties prenantes. La part du BEA a représenté un montant égal à environ 10 % de son budget annuel de fonctionnement, et des économies importantes ont dû être réalisées sur de nombreux postes. Au final, l’analyse des pièces récupérées a permis de mettre en évidence des mécanismes de rupture inattendus qui justifient pleinement a posteriori tous les efforts consentis. Le rapport final d’enquête devrait pouvoir être publié dans les mois à venir.

Comme j’en ai déjà fait mention dans les publications antérieures du rapport d’activité, je considère que des efforts importants doivent être portés sur les enquêtes menées dans le domaine de l’aviation générale, en se focalisant principalement sur les accidents mortels, ou sur ceux qui aurait pu l’être, et ce quel que soit le type d’aéronef impliqué (qu’il soit certifié ou non) : le BEA applique une politique d’enquête dans ce sens depuis plusieurs années et continuera à l’appliquer, encouragé par les statistiques d’accidents d’aviation générale pour 2019 qui montrent que l’année est la meilleure de la décennie 2010 –2019, toutes activités confondues (avions, hélicoptères, ULM) tant en termes de nombre d’accidents mortels, qu’en termes de victimes.

Cette politique a un double objectif : libérer des ressources en allégeant le déroulé des enquêtes sur les événements les moins graves, pour les réaffecter sur les événements les plus pertinents en matière de sécurité. Une des conséquences de cette politique a des effets mesurables : le nombre de rapports publiés sur l’année est monté au niveau record de 163. Il est supérieur au nombre d’enquêtes ouvertes, ce qui permet au BEA de réduire le nombre d’enquêtes en cours.

J’ai souhaité mettre en lumière cette année quelques aspects marquants de la vie du BEA et de ses agents, à travers un petit supplément : le lecteur, qui, au-delà des résultats annuels du BEA souhaite connaître un peu mieux certaines activités concrètes et opérationnelles du BEA, se reportera ainsi à la fin de ce document, pour partager avec eux quelques expériences, parfois assez extraordinaires.

Je ne terminerai pas ce mot sans signaler que le présent rapport d’activité a été réalisé dans des conditions très particulières, en raison des mesures de confinement mises en place en mars 2020 dans le cadre de la lutte contre la pandémie de COVID-19. Depuis le début de ces mesures, le BEA a mis en place une organisation basée sur le télétravail généralisé, s’appuyant sur l’organisation de téléconférences et sur un système informatique organisé de longue date pour permettre les connexions à distance de agent, notamment pour les besoins du télétravail classique comme ceux des actes d’enquêtes sur site. Cette organisation permet de maintenir une activité, certes en mode dégradé, mais relativement efficace : la publication de nombreux rapports d’enquêtes et du présent rapport pendant cette période de confinement en est la preuve.

Que tous les personnels du BEA soient ici chaleureusement remerciés pour leur engagement et leur dévouement, tant en situation normale qu’en cette situation de crise.

Cliquez ici pour télécharger le rapport annuel 2019 du BEA.

Rémi Jouty,
Directeur du BEA